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Rennes – Ille & Vilaine (35).

 

Alexandre est architecte. Son moteur, c’est la recherche de simplicité afin d’offrir des espaces qui soient, à la fois, lumineux et fonctionnels. Ne pas s’encombrer de ce qui n’est pas indispensable pour faire dans l’utile.



Des matériaux bruts, de la transparence, des formes géométriques et des grandes pièces ouvertes sont autant d’éléments que l’on retrouve dans ses différents projets.

Chez lui, toutes les pièces sont tournées vers l’extérieur, et chacune d’elles possèdent de grandes baies vitrées, les espaces communiquent sans portes pour laisser la vie se dérouler sans barrières. Rencontre à Rennes avec un architecte de talent.

Rennes – Ille & Vilaine.

 

Alexandre is an architect. His motor is the search for simplicity in order to offer spaces that are, at the same time, luminous and functional. Not getting bogged down with what is not essential to do in with usefulness.



Raw materials, transparency, geometric shapes and large open rooms are all elements that can be found in his various projects.

At home, all the rooms are turned outwards, and each one of them has large bay windows, the spaces communicate without doors to let the life unfold without barriers. Meeting in Rennes with a talented architect.

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Alexandre, comment vois-tu ton métier d’architecte ?



« Pour moi, l’architecte est le spécialiste d’un seul espace, c’est la maison. Le seul endroit que l’on expérimente tous, que l’on soit architecte ou non, c’est le lieu de vie. Qu’il s’agisse d’une case, d’une tente, d’un appartement ou d’une maison. Nous sommes donc spécialiste là-dedans, car nous sommes comme tout le monde, nous vivons dans une maison.

Tous les autres domaines, par définition, nous sont étrangers. À chaque fois, nous sommes obligés de faire ce travail, de comprendre comment cela fonctionne et d’être au service de l’usage et de la façon de vivre. »

Alexandre, how do you see your job as an architect ?



« For me, the architect is the specialist of a single space, the house. The only place that we all experience, whether architect or not, it is the place of life. Whether it’s a hut, a tent, an apartment or a house. So we are specialist in that field, because we’re like everyone else, we live in a house.

All other areas, by definition, are foreign to us. For each work we are obliged to understand how it works inside and to serve the use and the way of life. »

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Pour connaitre et comprendre toutes les contraintes d’un projet, fais-tu l’expérience de l’immersion avant de commencer tes projets ?



« Ça va dépendre des secteurs professionnels, mais souvent oui. T’es un peu obligé, mais après tout dépend de la disponibilité du maître d’ouvrage, donc ça se fait de différentes manières mais ça se fait toujours. Par exemple, pour le bâtiment dentaire sur lequel j’ai travaillé, on a quand même été voir comment ils travaillaient, avec l’organisation des espaces, etc… Le geste précis de la table au patient ne va pas forcement influer l’architecture, donc tu n’as pas forcement besoin de le voir. En revanche, les intimités, les circuits, les attentes, les sas et la position du patient sont fondamentaux.

C’est pour cela que sur ce projet, l’on a proposé un espace de soin où les sièges seraient faces à un jardin pour apporter du confort. Le travail du dentiste demande beaucoup de concentration, et il était important d’apporter une lumière différence de celle de la lampe de travail. Un espace où le soignant et le patient se retrouvent dans un endroit agréable. »

To know and understand all the constraints of a project, do you experience immersion before starting your projects ?



« It will depend on the professional sectors, but often yes, you are a bit obliged, but all depends on the availability of the project manager, so it is done in different ways but it is always done. The dental building on which I worked, we went to see how they worked, with the organization of spaces, etc. The precise gesture from the table to the patient does not necessarily influence the architecture, so you do not need to see it. On the other hand, intimacies, circuits, expectations, airlock and patient position are fundamental.

That’s why on this project, we proposed a space of care where the seats would face a garden to bring comfort. The work of the dentist requires a lot of concentration, and it was important to bring a light difference from that of the work lamp. A space where the caregiver and the patient find themselves in a pleasant place. »

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On retrouve souvent des matériaux très simples dans tes réalisations, c’est une préférence artistique ou peut-être technique ?



« J’attache surtout de l’importance à ce que les solutions soient simples, mais la recherche de simplicité, c’est également quand tu as beaucoup de moyens.

C’est ce qui est passionnant, et qui peut se conserver tout le temps. Sur l’utilisation des matériaux, j’essaie que ça soit le plus juste possible, qu’il soit cher ou pas, ce n’est pas tellement la question, mais plutôt, savoir comment il va être utilisé et si c’est pertinent. Ce n’est pas parce qu’un matériaux est cher ou réputé « beau » que son utilisation est pertinente. Et inversement. »

We often find very simple materials in your realizations, is it an artistic or perhaps a technical
preference ?



« I give a great importance to the simple solutions, but the search for simplicity also needs a high budget project .

This is what is exciting, and that can be kept all along. On the use of materials, I try to make it as fair as possible, it is not so much the question whether it is expensive or not, but rather knowing how it will be used and if it is relevant. It is not because a material is expensive or deemed « beautiful » that its use is relevant. And vice versa. »

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Ton style de construction est assez différent de l’habitation traditionnelle, est-ce plus compliqué à faire accepter ?



« On est dans un pays qui est très contraint en terme réglementaire et formel, et qui par conséquent rencontre des susceptibilités. Il y a une dizaine d’années, lorsque nous montrions nos books à des promoteurs, c’est vrai que certaines réalisations pouvaient susciter de l’étonnement.

Au final, ils nous ont fait confiance et on a expérimenté des solutions. Aujourd’hui, c’est devenu plus ordinaire de voir des bardages métalliques ou du bois dans les constructions. Mais au-delà de l’aspect visuel, ce qui est intéressant d’avoir envisagé d’autres manières de faire. Je pense que l’on doit retourner à plus de diversité constructive. Ça a attiré des regards assez différents, ça a surpris, étonné.

Quelque fois, les retours ainsi que les commentaires pouvaient être un peu taquin. Aujourd’hui dans la nouvelle génération, c’est devenu beaucoup plus normal. »

Your style of construction is quite different from the traditional dwelling, is it more complicated to get it accepted ?



« We are in a country which is very constrained in terms of regulations and formalities, and which therefore encounters susceptibilities. A decade ago, when we showed our books to promoters, it is true that certain achievements aroused astonishment.

In the end, they trusted us and experimented with our solutions. Today it has become more common to see metal cladding or wood in buildings. But beyond the visual aspect, what is interesting to have considered is another way of doing. I think we must return to more constructive diversity. It attracted quite different looks, it surprised, stunned.

Sometimes, the feedback as well as the comments could be a little teasing. Today in the new generation, it has become much more normal. »

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D’où provient cette envie d’offrir de grands espaces ouverts dans tes réalisations ?



« C’est vrai qu’au départ, il y a toujours un rapport plein et vide qui s’opère. Je pense qu’il y a peut-être une part d’histoire familiale. J’ai toujours grandi dans des endroits très lumineux avec du soleil. Je suis né dans le quartier de Villejean à Rennes, dans des grands immeubles sur le cours Kennedy. Ils sont très beaux, avec de grands balcons en enfilades et de grandes baies vitrées. Il est vrai que j’ai toujours eu un petit coup de coeur pour ces architectures urbaines très généreuses en volume et en lumière. Je pense également que je suis très intéressé par les questions de limites, de franges et de lisières.

Une fenêtre, c’est aussi une frontière. Ça amène de la lumière dans une maison, mais c’est aussi le rapport intérieur/extérieur, et c’est ce que j’aime dans ma maison. Quand on est dans une maison, on travaille beaucoup sur des limites de vide en travaillant avec des pleins, et je pense que la fenêtre, c’est aussi une transition avec l’extérieur. C’est réciproque dans l’autre sens, car quand je suis dans le jardin, j’aime bien voir la maison. C’est très beau, ces prolongations de l’espace vers l’extérieur. Il y a une comme une connivence vraiment très positive. »

Where does this desire to offer large open spaces in your achievements come from ?



« It’s true that at the beginning there is always a report about full and empty, and I think there may be a part of family history. As a kid I always grew up in places full of light and sun. I was born in the district of Villejean in Rennes, in large buildings on the Kennedy courtyard, they are very beautiful, with large balconies and large bay windows. That’s true I always have a little fondness for these urban architectures very generous in volume and light. I also think that I am very interested in the questions of limits, fringes and edges.

A window is also a border. It brings light into a house, but it’s also the inner / outer relationship, and that’s what I like about my house. When you’re in a house, you work a lot on vacuum limits when working with fillers, and I think the window is also a transition with the outside. It is reciprocal in the other direction, because when I am in the garden, I like to see the house. It is very beautiful, these extensions of space to the outside. There is a very positive connivance. »

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La maison de Crac’h* n’est pas raccordée à l’eau. Il y avait-il une volonté de la rendre autonome ?



« Oui il y a l’idée de l’autonomie, après être entièrement autonome, d’une manière générale, ça n’existe pas. La question d’autonomie est plutôt une question de : comment tendre à moins de dépendance en terme de matières énergétiques et de ressources en général, mais aussi comment gérer ces formes de dépendances. Mais ça, c’est comme pour les histoires d’humains, de réseau et de travail, être complètement autonome est impossible, même pour une maison. Souvent, on assimile l’idée de l’autonomie au fait qu’une maison ne soit pas connectée par des liens de réseaux physiques. Seulement une maison va toujours, à un moment donné, utiliser une ressource pour accumuler de l’énergie qui viendra de l’extérieur.

J’aime ce rapport à l’écologie quand il est utile, pas dans le sens d’une rentabilité, mais dans le sens de faire face à des problèmes concrets que l’on évalue dans un art du compromis. On ne peut pas être complètement radical sur les choses. Aujourd’hui, on galvaude l’idée de l’écologie en revendiquant des idées un peu absolutistes, ou qui font le buzz. En réalité, elles ne correspondent pas à des à des soucis de terrain, ni économiques, ni sociales. »

The house of Crac’h * is not connected to water. Was there a desire to make it autonomous ?



« Yes there is the idea of ​​autonomy, being entirely autonomous, in general, does not exist. The question of autonomy is rather a question of: how to tend to less dependence in terms of energy in particular and resource materials in general, but also how to deal with these forms of addictions. But it is like for human, network and work histories, being completely autonomous is impossible even for a house. We often assimilate the idea of ​​autonomy to the fact that a house is not connected by links of physical networks. Houses will always, at some point, use a resource to accumulate energy that will come from the outside.

I like this relationship to ecology when it is useful, not in the sense of profitability, but in the sense of dealing with concrete problems that are evaluated in an art of compromise. We can not be completely radical about things. Today, the idea of ​​ecology is boosted by claiming somewhat absolutist or buzzing ideas. In reality, they do not fit with economic, social or economic concerns. »

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Tu as réalisé une maison, à destination d’une personne handicapée**, qui a eu un franc succès. Était-ce plus difficile en terme de contraintes ?



« Cette maison, c’est la première que j’ai eu la chance de dessiner. L’idée de la trame était de répéter une structure comme sur un hangar. Au-delà du handicap, l’objectif était d’offrir une accessibilité qui soit la plus douce possible pour tout le monde. Mais aussi de pas en faire une maison « pour handicapé ».

Je trouve cette idée assez terrible et très française d’adapter ce qui est différent, et de vouloir faire vivre les choses le plus proche possible de ceux qui n’ont pas besoin de s’adapter. En gros, un invalide, il faudrait lui offrir le même niveau de service ou de prestation qu’un valide. ll faut, certes prendre en compte ses contraintes qui sont indiscutables, mais cette maison, tout d’un coup, offrait des espaces de circulation tellement généreux qu’il n’y avait plus d’idée de couloir, et les espaces d’entrée dans les pièces étaient extrêmement fluides… suite→

You made a home for a disabled person **, which was a great success.
Was it more difficult in terms of constraints ?



« This house is the first one I had the chance to draw, the idea was to repeat a structure like a shed. » Beyond disability, the goal was to provide accessibility as gentle as possible for everyone, but also not to make it a home for « disabled » person only.

I find this idea to adapt what is different quite great and very French, to live things as close as possible to those who do not need to adapt. Basically, an invalid should get the same level of service or performance as a valid. It is necessary to take into account its constraints which are indisputable, but this house, all of a sudden, offered spaces of circulation so generous that there was no idea of ​​corridor, and the spaces of entry in rooms were extremely fluid … suite→

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… Et donc il s’est avéré que cette maison pouvait être aussi confortable pour des petits enfants, comme pour des personnes âgées, comme pour quelqu’un qui, à un moment donné dans sa vie, aura une difficulté pour se déplacer, ou à une personne aveugle.Il y a cette réflexion qui se faisait sur ce qu’on appelle aujourd’hui du design pour tous, et qui est cette idée que, c’est plus intéressant de réfléchir à des espaces qui soient, dans la mesure du possible, appropriable par la majorité des personnes.Cette maison a maintenant des petites cousines où le plan de base était le même, mais pas vendue spécialement comme une maison pour handicapé. »

… And so it turned out that this house could be as comfortable for small children, as for elderly people, as for someone who, at some point in his or her life, will have a difficulty moving around, or a blind person. There is this reflection on what is called today design for all, and that is the idea that it is more interesting to think about spaces that are, as far as possible, appropriate by the majority of people.

This house now has small cousins ​​where the basic plan was the same, but not sold specially as a house for the disabled.  »

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Tu utilises souvent une technique de toiture particulière, pourquoi ?



« Si on regarde le profil des projets, je pense qu’il y a un peu de tout, et ça a toujours été dirigé par des idées très simples. Pour la toiture inversée dite « papillon », on est plus proche d’un principe de toiture plate. Tout comme les matériaux utilisés nous plaisent bruts, j’aime que le dessin le soit aussi, en tout cas qu’il traduise la manière dont les choses sont construites.

Rendre une maison absolument horizontale alors que le toit ne l’est pas derrière, c’était un truc dont on pouvait se passer. C’est un peu simpliste de le dire comme ça, car en réalité constructivement, ça n’est pas aussi facile, mais l’idée de départ était là.

Également, c’était l’idée qu’un toit pouvait être comme une feuille pliée et créer une noue pour récupérer un fil d’eau au central. »

You often use a particular roofing technique, why?



« If we look at the profile of projects, I think there is a bit of everything, and it has always been driven by very simple ideas. For the reverse roof called » butterfly « , we are closer to a principle of flat roof. As we like using raw materials, I like that the design being raw as well, in any case that it translates the way in which things are built.

To make a house absolutely horizontal while the roof behind was not is something we could do without. It’s a bit simplistic to say it like that, because in constructive reality, it’s not that easy, but the original idea was there.

Also, it was the idea that a roof could be like a folded sheet and create a valley to retrieve a stream from the central. »

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Chez toi, on remarque pas mal de petits objets ici et là, tu peux nous en parler ?



« Estelle (ma compagne qui a vécu de nombreuses années en Amérique du Sud) se fout tout le temps de ma gueule, parce que quand je vais dans un endroit, je ramasse des trucs et je les ramène (rires). J’ai ramené des plantes d’Afrique de mon dernier voyage, et un nid abandonné d’un oiseau très rigolo, un passereau, qui s’appelle le Tisserin gendarme, qui fait des nids inversés et où l’entrée se fait par dessous afin de se protéger de la pluie.

Donc voilà, c’est pour cela qu’il y a beaucoup de coquillages et de cailloux qui traînent. C’est pas une collection au sens complet, parce que ce n’est pas organisé, mais je sais d’où cela provient. »

At yours, we can notice a lot of small objects here and there, can you tell us about it ?



« Estelle (my girlfriend who has lived many years in South America) keeps on kidding me all the time, because when I go to a place I pick up stuff and bring them back (laughs). I brought some plants from my latest trip to Africa, and a nest abandoned by a very funny bird, a sparrow called the Gendarme Tisserin, which makes nests inverted and where the entrance is from below in order to protect itself rain.

So there you are, that’s why there are a lot of shells and stones that drag around. It’s not a collection in the full sense, because it’s not organized, but I know where it comes from. »

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Alexandre Favé vit et travaille à Rennes.
Diplômé de l’ENSA Paris La Villette, après avoir suivi un cursus de biologie à l’Université de Rennes 1, il est architecte indépendant depuis 2005 et enseigne à l’ENSA de Bretagne depuis 2011. Il complète actuellement sa formation à l’École Nationale Supérieure du Paysage de Versailles.

Il était notamment présent au pavillon de la France à la biennale d’Architecture de Venise en 2016 – en savoir +

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Retrouvez toutes ses réalisations sur son site internet aa41.fr.

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* Prix d’Architecture de Bretagne 2011 & Prix Observ’Er, observatoire des énergies renouvelables. – en savoir +
** La maison trame – en savoir +

Alexandre Favé lives and works in Rennes.
Graduate of ENSA Paris La Villette, after studying biology at the University of Rennes 1, he has been an independent architect since 2005 and has been teaching at the ENSA in Brittany since 2011. He is currently completing his training at the National Superior School of Landscape of Versailles.

He was notably present at the pavilion of France at the Biennale of Architecture of Venice in 2016 – to know more

Find all his realizations on his website aa41.fr.

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* Prix d’Architecture de Bretagne 2011 & Prix Observ’Er, observatoire des énergies renouvelables. – to know more
** La maison trame – to know more

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